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20h à Krakow Beach en plein JMJ : tout le monde danse, rit, chante. Moi je suis sur le côté, j’ai abandonné mon binôme et je m’ausculte le nombril. Ce dernier, fatigué, commence à céder à l’égoïsme propre à tout nombril :

tentation« Va profiter du concert avec tes potes ! Prend toi un temps pour diner ! C’est ça les JMJ : on s’éclate, faut se mettre la caisse mon vieux, tu as 20 ans et puis ce ne sont pas les filles qui manquent, qui sait si… ? Non mais c’est quoi cet engagement pourri ? Missionner ? Convertir ? Tu ne vas quand même pas croire qu’avec ta foi de catho d’élevage fatigué par l’habitude tu vas toucher la moindre personne ? »

Bref, le blues du missionnaire habituel après trois quart d’heure de vent, de rencontres stériles avec un binôme venu en touriste

Regarde-toi ! Tu n’es même pas capable de charité pour ton binôme ! » me dit le nombril).

À cet instant, il me restait encore 15min d’engagement missionnaire, j’étais sur un banc, éteins.

Or sur ma droite était un roux et néanmoins polonais avec un sandwich dégoulinant : mon nombril, hilare, se moque. En même temps, commence à naitre en moi comme l’espérance de finir cette mission sur une bonne note, peut-être est-ce d’abord pour lui que je suis parti en mission ce soir ? Regard oblique, sandwich intrigué, j’ai affaire à un rouquin curieux !

« Hi, do you know the real meaning of Krakow Beach? »

(Applaudissements, c’est ridicule mais c’est fait : je l’ai abordé !), 10min de discussion : il est catho, a 20 ans et trouve sa foi fade.

Ok, je lui explique ma démarche de missionnaire de rue et lui montre que la mission c’est le visage de l’Église vivante, aventureuse, le visage de Jésus sur la route, ce visage d’amour qui vient apporter la joie ! D’ailleurs aussi étrange que cela puisse paraître, le bonhomme s’illumine peu à peu et commence à me lancer plein de questions sur ma foi, mes motivations, et – Alléluia ! – me demande d’aller prier avec lui dans la chapelle du festival.

De fait, je peux affirmer aujourd’hui que dire à autrui l’objet de ma lutte, ce à quoi je crois profondément, anime mon âme (joie), donne vie aux mots prononcés (confiance) et actualise ma conversion, me rappelle sa raison d’être (espérance).

Amitié missionnaireJe pense que mes propres difficultés égoïstes témoignent à elles seules de l’aide que l’on reçoit en mission. Occupe-toi des affaires de Dieu et Lui s’occupera des tiennes, m’avait-on dit. En effet, à peine nous nous étions mis à genoux dans la chapelle qu’il m’avait pris la tête de la main et avait commencé à prier pour moi en m’appelant son frère, en louant le Seigneur de m’avoir rencontré ! Je pris alors conscience que cette soudaine allégresse que nous partagions, belle par sa gratuité, surprenante par sa disproportion, rendait compte de l’amour que nous porte Dieu : on est tellement gagnant quand on croit !
Aujourd’hui je suis rentré des JMJ, la fraicheur éclatante de la joie est retombée en une petite mélodie sourde qui ne demande qu’à se faire symphonie, cependant je sais ce que j’ai vécu et ma rencontre est à présent un souvenir fécond qui me rappelle ce que j’ai reçu, me donne envie d’annoncer de nouveau le message chrétien. Dieu aurait très bien pu toucher ce cœur sans moi, il est Dieu, or il a fait appel à moi, est venu me chercher dans ce dernier quart d’heure de mission bien mal engagé. La conversion est passée de ponctuelle à perpétuelle, d’exclusive à partagée :

« Ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli sa mission. » (Isaïe, 55, 11).

Alléluia !

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