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Septembre  – Je signe pour une chambre à la casa Anuncio, on m’a vendu du rêve : la vue sur Montmartre, des colocs engagés et une vie fraternelle.

 

Octobre – On ne m’a pas menti.  Mes colocs sont tous des gens incroyables : il y a une ambiance de malade ! Ils sont hyper serviables et attentifs. On se soutient les uns, les autres. Je suis épaté par la profondeur de leurs commentaires pendant la lectio : j’ai vraiment beaucoup de chance ! Il y a bien un(e) tel(le) qui me pompe un peu mais franchement noyée dans la masse, ça passe.

 

Novembre –  La conclusion de Sartre s’impose à moi « l’enfer, c’est les autres« . Je n’ai pas choisi mes colocs et je découvre qu’ils ont tous leurs petites manies et habitudes relous. Il ne faut pas compter sur N pour faire le ménage, P n’a aucun respect pour le sommeil des autres, R parle parle parle parle, F m’explique toutes les semaines que si je ne cuisine pas bio je vais mourir dans d’atroces souffrances et je ne vous parle pas des autres : leur manière de vivre perturbe sérieusement la mienne… De l’air !

 

Décembre – Laudes quotidiennes en coloc… 7h ! Je suis crevé et j’ai parfois l’impression qu’ils veulent m’avoir
à l’usure… Mais à force de remercier le Seigneur pour ce qu’Il me donne de vivre ici, je commence à voir qu’il y a peut-être du bon dans cette promiscuité : il me semble que je grandis à mesure que mon espace vital est partagé. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même »… Pourquoi faut-il que mon prochain soit aussi proche ?

 

Janvier – Retour des vacances de Noël. Mais c’est qu’ils m’ont manqué ces c_ _ _ ! C’est le coeur joyeux que j’ai monté la butte pour les retrouver. On commence à former une petite famille et ça réchauffe le coeur un peu de douceur dans ce monde de brutes. Notre responsable est vraiment un mec formidable et je dois dire qu’on s’aide bien les uns les autres pour nos études (« Tu peux imprimer mon mémoire à ton boulot ? Et celui de ma pote ?  » ou  » Je ne trouve pas le bon résultat pour 1470* 1399, quelqu’un peut me dire où est le couac ? »), nos responsabilités diverses ( » Si tu m’aides à organiser le tractage du festival, je te file un coup de main pour le matos de St Séverin ») et même les petites tuiles du quotidien …

 

Février – C’est la crise ! Z a flingué mon plus beau haut en le lavant avec sa robe rouge, je ne supporte plus que T laisse systématiquement des miettes sur la table de notre salle à manger et Z reçoit des potes tous les jours que Dieu fait sans comprendre que l’être humain normal aspire de temps à autre à un peu de tranquillité. Pourquoi c’est si dur ? On va en mission d’évangélisation ensemble tous les mois parler de l’amour de Dieu dans la rue et nous sommes incapables de vivre la charité au quotidien. J’ai une envie terrible de claquer la porte de cette baraque où je vis avec des gens cathos, supposément bien élevés et qui ont en principe tous le même désir de sainteté. Pourquoi je ne sais pas aimer ?

 

Mars – J’ai dépassé le stade de l’agacement, je connais maintenant mes colocs avec leurs talents et leurs limites (j’ai découvert le gâteau au chocolat de M et le gaspacho fouzytout de C…). Je voudrais vraiment les aimer. J’essaye avec mes petits bras, j’essaye d’être doux, et patient, et compréhensif, à l’écoute, serviable, disponible… J’essaye de ne pas être attaché à mes petites affaires. J’essaye de trouver des qualités à tous mes colocs. J’essaye de ne pas pester quand je fais le ménage. J’essaye de ne pas m’énerver parce que je suis le seul à racheter du PQ. J’essaye mais je ne réussis pas.

 

Avril – « Je puis tout en celui qui me donne la force » (Ph 4, 13) J’ai tout lâché : je laisse Jésus faire. Au fil des week-ends Anuncio, on apprend à être dociles à l’Esprit-Saint, à le laisser nous conduire et j’essaye d’en vivre dans ma vie quotidienne. Pour Pâques nous nous sommes lavés les pieds les uns aux autres en nous demandant pardon. C’était très fort ! C’est Jésus qui nous lave, qui fait de nous des frères par l’Esprit-Saint et qui nous donne de vivre unis. Nous passons même de plus en plus de temps ensemble (même en dehors des temps organisés par Anuncio !) : un week-end de marche par ici, une bière à Montparnasse par là…

 

Mai – Mes colocs sont les meilleurs ! « Oui, il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis ! » (Ps 132, 1) Non pour leur physique ou même leur personnalité MAIS parce que j’ai vécu, prié, mangé, partagé avec eux depuis 9 mois. Le Seigneur a été notre ciment … et l’aventure ne fait que commencer : je sens qu’Il nous réserve de belles surprises au festival cet été !

Une vie ensemble, ancrée en Dieu par la prière et orientée vers la mission, permet d’expérimenter une charité réelle et de goûter à la profondeur de la vie fraternelle. On se surprend à aimer ceux que l’on ne pouvait pas encadrer et à les aimer vraiment !

Toute ressemblance avec des faits réels est totalement fortuite…  ce témoignage est librement adapté  et romancé !

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1 commentaire to “La fraternité à l’épreuve des poils dans la douche (et il y en a beaucoup !)”

  1. Alberto dit :

    J’ai adoré ce récit! De l’humour, de l’humanité, de la sincérité, de la franchise, de l’agacement, une certaine colère. Et au final l’amour fraternel. Nul n’a jamais dit que c’était facile, même entre croyants en Jésus Christ!
    Chapeau à ceux et celles qui décident de vivre ainsi un an ou plus ! Se lever tôt chaque jour pour prier et louer, quand on n’a pas choisi (encore?) la vie monastique ou la vie religieuse mérite un très grand respect !
    Je suis certain que c’est un excellent apprentissage humain et dans la foi ! J’imagine que tous les jours ou tous les soirs ne sont pas des soirées Saint Séverin où tout semble si cool, si sympa, si « super ».
    Bravo à tous, bon courage et patience! Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous!

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